J'aime le matin. Nan, ça c'est faux. Précisons : j'aime les matins depuis qu'on est sur les routes d'Australie. Se réveiller dans son van dans un petit coin isolé, au bord de la mer, ou au milieu de la forêt, c'est plutôt enthousiasmant. Surtout qu'on a rarement d'horaires à respecter alors c'est tranquille.

Ce matin on se réveille donc au Hancoks Lookout, un point de vue à tomber un peu au nord d'Adelaide. Sous nos yeux à peine ouverts s'étend la fin du Flinders Range, le Spencer Gulf et derrière l'eau une partie de l'Eyre Peninsula. Plutôt agréable. Finalement on ne regrette pas les kilomètres de dirt road qui nous auront menés jusqu'ici. Petit déj côte à côte, seuls face au paysage qui s'étend à perte de vue. Une voiture est garée un peu plus loin mais ses occupants n'ont pas encore émergé. Pas le temps de faire leur connaissance, le programme de la journée est chargé. Suite à nos échecs d'hier, et un certain manque d'intérêt pour visiter en profondeur l'Eyre Peninsula, nous sommes décidés à commencer le chemin vers Perth. Un loooonnng chemin : environ 2700km (autant qu'un Londres-Moscou nous prévient le Lonely Planet). Et sur ce chemin, rien ou presque : quelques stations d'essence et sans doutes quelques kangourous, à confirmer. Petite pause café et internet à Port Augusta et c'est parti pour la traversée. A peine quitté cette dernière ville qu'enfin, on y est : l'Australie. Là, c'est sûr, plus de doutes ;-)

  

L'Australie fantasmée, avec son ciel bleu, sa terre rouge et une maigre végétation, s'étend enfin devant nous. Nos compagnons de voyage seront désormais les road trains, des longs poids-lourds qui ont une fâcheuse tendance à coller au cul des voitures qui ne vont pas assez vite. Heureusement ce ne sont pas les lignes droites qui font défaut dans le coin, et ils en profitent de bon gré. Tim-Tam tiens bien la cadence, irréprochable. 100km/h en vitesse de croisière sans broncher, ça fait plaisir ! (surtout sachant que notre moyenne depuis le départ de Sydney tombe en dessous de 60km/h). 

Bande son du jour : Goldman (si, si). "Envole-moi" ou "J'irai au bout de mes rêves", on révise les classiques.

On fera la pause déjeuner à Kimba, la ville du milieu nous dit-on (à vol d'oiseau entre l'Est et l'Ouest). Avec un supermarché qui ferme à midi le samedi pour le reste du week-end (c'est dire l'activité de la ville…). Sur l'aire de repos, juste au bord de la route et de la voie de chemin de fer, une dame âgée attend dans son fauteuil roulant. Elle regarde passer le temps, les camions et quelques voyageurs. On discute : oui, elle  va passer sa journée ici, au bord de la route, comme souvent. Elle vit seule, juste à coté, elle s'ennuie. Ici elle voit du monde. Quelques routiers habitués lui envoient un coup de klaxon amical en passant. Et quelques voyageurs prennent le temps d'échanger trois mots, et ça lui fait plaisir (avis à Bastien et Emilie, si vous passez par là…).

Après "quelques" kilomètres le paysage changera pour revenir à des routes bordées d'arbustes, des prairies asséchées, mais toujours les lignes droites, et ce n'est pas près de s'arrêter. On se ménage avant l'épreuve, pour la machine comme pour les conducteurs : le Nullarbor (du latin "pas d'arbre"). Cette immense plaine nous ouvrira bientôt les bras pour plusieurs jours de route sur l'Eyre Highway, la route qui nous mènera jusqu'à la côte ouest. Cette route suit la voie de chemin de fer Trans-Australia (et sa ligne droite record de 478km, rien que ça). On s'y attaque demain. Après 500km de route, on se pose près de Ceduna, seuls sur une aire de repos, loin de tout. Lydie exerce sur moi ses talents de coiffeuse (avec ciseaux et rasoir, même pas peur). Ça doit faire marrer les routiers qui nous voient en passant.  D'après ma coiffeuse le résultat n'est pas si pire, c'est déjà ça, et surtout je me sens plus léger.